
DERRIÈRE L'AFFICHE. 1000 spectacles dans le OFF en trois semaines, cela fait des dizaines de milliers de tracts distribués dans la rue. Tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes. Que vous soyez au restaurant, en train d'acheter une glace, ou de contempler le Rhône, des comédiens, en costume ou en tongs-bermuda, tentent de vous vendre leur spectacle. Parfois en chantant, en criant, ou en jouant de la musique. "C'est une irruption dans notre intimité", commente un festivalier, "qui n'est pas toujours agréable à vivre". Pas toujours agréable, certes, mais nécessaire pour les petites compagnies qui ne bénéficient pas toujours du bouche-à-oreille pour se faire connaître. Dans la jungle des tracts, quels moyens utilisent-elles pour vous persuader d'assister à leur pièce ? Nous leur avons posé la question.
- Technique n°1 : parler très, très longtemps.
Sachant que la plupart des compagnies se contentent de distribuer des tracts à la chaîne, prendre le temps de s'installer aux terrasses des cafés avec les spectateurs potentiels peut s'avérer utile. "Je prends parfois une demi-heure pour parler de mon spectacle, et ces échanges sont géniaux", raconte Sylvie Bertrand, auteure de D'A..., une pièce sur l'amour et la tolérance.
- Technique n°2 : organiser des jeux-concours
Pour appâter le festivalier, rien de tel qu'un concours. Mais que gagne t-on ? Evidemment, des invitations aux spectacles ou des réductions. La compagnie Kelanotre, qui joue L'impossible Monsieur Holmes, variation très libre sur l'oeuvre de Conan Doyle, organise un jeu de pistes du genre Cluedo. Chaque tract représente l'un des 6 personnages de la pièce. Le festivalier qui rassemble les 6 tracts gagne 5 euros de réduction sur le prix d'un billet (10 euros au lieu de 15).
La compagnie Les Années Ivres, qui joue Le Dindon de Feydeau version années 60, a opté pour la distribution de tracts-jeux-à-gratter : le ticket gagnant reçoit carrément une invitation au spectacle.
Evidemment, nous on a gagné l'invitation
Précision : il y a 50 tickets gagnants sur 20 000 tracts. Bonne chance.
- Technique n°3 : faire tracter un enfant
Un enfant de dix ans qui tracte, ça aiguise la curiosité du festivalier blasé. Ainsi, le soir tombé, ce petit garçon blond de douze ans, qui joue du Anouilh pour la compagnie Les Enfants Terribles, distribue des flyers aux terrasses du centre-ville d'Avignon. Et semble doper les ventes de places, si l'on en croit sa collègue de 16 ans, Lauriane, rencontrée place des Carmes vers 23 heures. "C'est vrai, ça aide qu'il soit aussi mignon, les gens lui posent plein de questions. Mais on ne l'exploite pas, il joue dans la pièce, hein !"
- Technique n° 4 : barricader le quartier du théâtre à l'heure du spectacle
On doit cette ruse de Sioux à la compagnie Filles en Tropiques pour leur spectacle Amooooore! Explication :
"On poste deux personnes à chaque extrémité de la rue dans laquelle se trouve le théâtre. Un quart d'heure avant le spectacle, on aborde les gens, et on les persuade de venir nous voir. Comme la pièce commence tout de suite, et que c'est à côté, ça marche. Et on n'a même pas besoin de tracter".
- Technique n°5 : s'attirer la sympathie des fumeurs
Cette technique ingénieuse nous vient du collectif Dérézo. Pour promouvoir leur spectacle Qui, ils ont imaginé des autocollants "Penser ne tue pas", clin d'oeil au célèbre logo "Fumer tue" des paquets de cigarettes. Ou comment s'attirer la sympathie immédiate d'une catégorie de personnes ostracisée le reste de l'année.

- Technique n°6 : la distribution de petits cadeaux
La compagnie Hippocampe joue La Chambre de Camille, fiction amoureuse librement inspirée de l'histoire de Camille Claudel et Auguste Rodin. Leur tactique est simple et très directe : "On offre des petits bateaux de papier dans lesquels on trouve des mots d'amour, ainsi que des cartes de visite avec le "06" de Camille".
- Technique n°7 : personnaliser les tracts
La compagnie Los Figaros, dont le spectacle Shhh est une fable sur le totalitarisme et le capitalisme, dresse de fausses contraventions aux festivaliers dans la rue.
"On se balade avec un carnet de contraventions, et on adapte le PV à la personne qu'on aborde. Pour vous, par exemple, on dirait que vous avez une contravention pour port de sac à main orange. Du coup, ça intrigue les gens, on note le nom de la compagnie sur le PV, et tout cela reflète bien l'esprit farfelu de la pièce".
- La technique idéale ? Ne pas tracter du tout.
Beaucoup de compagnies ou de comédiens avouent ne guère priser cette forme de promotion, et en sont même las. Florilège de leurs commentaires :
"J'ai beaucoup de mal à rester d'humeur égale, à rester aimable en toutes circonstances. C'est une épreuve".
"A chaque fois que je tracte, j'ai l'impression de passer un casting que j'échouerais. Ou de passer le bac".
"Parfois, les gens ont tellement l'air blasé qu'on a l'impression de leur offrir des photos porno".

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11 juillet 2010 à 15:55
Ah je les comprends, les gens qui tractent! Ils ont toute ma sympathie, et mon admiration pour leur ingéniosité. Moi, j'essaie de convaincre les salles d'afficher la pétition pour l'attribution d'un Bafta posthume à Jeremy Brett("posthumous Bafta for Jeremy Brett" sur Facebook), et bien, je m'en prends des râteaux, des airs surpris: "qekcèkcetruc?", ou bien des airs "si on parlait d'autre chose?".Allez les gars, allez les filles, je suis de coeur avec vous...
11 juillet 2010 à 16:43
Merci pour cet article, c'est en effet pas facile de tracter tous les jours
Pour la pièce Shhh, nous avons en effet pris le partie de personnaliser le tractage, ce qui nous permet d'avoir une approche beaucoup plus personnelle mais aussi de reconnaitre plus facilement les gens qui sont venus grâce au tractage.
Ainsi nous pouvons évaluer l'efficacité du tractage les soir de représentation.
Olivier
Shhh tous les soirs au théâtre des béliers 22h34
53, rue du Portail Magnanen, 84000 Avignon
2 août 2010 à 22:54
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