Avignon 2010
Deutsch
Die Nacht

Avignon, c’est fini. Mais pas sur Internet.

SPÉCIAL CLAP DE FIN. Le In est terminé. Le OFF se finit après-demain. C'est l'heure du bilan. Globalement positif, nous disent les directeurs du festival, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui espèrent être reconduits. Ils s'appuient sur des chiffres encourageants : un taux de remplissage à 95%, avec 116000 places délivrées sur 50 spectacles.

La presse, elle, est plus circonspecte. Évoquant les directeurs du festival, Le Figaro parle même de "deux personnes qui représentent assez bien l'immaturité adulescente de notre société". Autre accusation, celle de faire un festival où l'on se défausserait "un peu trop sur le Off pour rester entre soi, entre amateurs très avertis de théâtre, dans le In". Snob et élitiste, Avignon ? Mais est-ce vraiment un débat ?  Non. Avec les reportages sur la fabrication d'espadrilles, cela s'appelle un marronnier de l'été.

Le quotidien La Croix, plus mesuré, rappelle à l'intention de ceux qui se plaignent d'un supposé  "élitisme parisien", que le public d'Avignon n'est composé qu'à 20% de Parisiens...

Reste que la programmation a été largement critiquée : hormis le travail de metteurs en scène et chorégraphes étrangers (Angélica Liddell ou Alain Platel), beaucoup de déceptions dans le théâtre français contemporain.  Le Richard II de Jean-Baptiste Sastre, très attendu, a ennuyé quasiment tout le monde.

The Show Must Go On

Enfin. Le In est peut-être fini, mais le spectacle continue. Si vous n'étiez pas sur place, ni devant votre poste de télévision le 17 juillet, on vous rappelle que grâce à la magie de l'Internet, le spectacle Papperlapapp, de l'artiste associé Christoph Marthaler, est diffusé en intégralité. Il est même juste là, sous vos yeux. Partagerez-vous l'avis des critiques de théâtre et des blogueurs comme l'excellente Judith Sibony, qui ont jugé ce spectacle drôle mais creux ?

Et puisqu'Avignon 2010 était une édition décalée, on diffuse aussi l'étrange 1973, de Massimo Furlan. Vous savez, le metteur en scène/performer/acteur/chanteur/fan de football qui s'est refait la finale France-Allemagne de 1982 en courant tout seul dans le Parc des Princes. Ici, il se prend pour Patrick Juvet et invite des anthropologues à débattre sur scène de l'importance du rituel dans la pop culture télévisuelle.

Tous les spectacles d'Avignon sur Arte Live Web par ici.

OFF We Go

Dans le OFF, sinon, nous avons beaucoup aimé la lecture du magnifique Bartleby faite par Daniel Pennac. Si vous ne connaissez pas l'histoire du clerc de notaire le plus célèbre de la littérature, cliquez, c'est fabuleux.

Autre star du OFF, Romane Bohringer n'a pas fait l'unanimité avec son interprétation d'une oeuvre de Richard Brautigan, Un privé à Babylone. Si le texte n'est pas faramineux, et la mise en scène peu originale, le jeu de l'actrice vaut le détour.

1000 spectacles... C'est vrai qu'il est difficile de faire un choix. Difficile aussi de les voir tous. Mais puisqu'il le faut, osons la subjectivité. Voici les trois pièces préférées de la rédaction web :

1. Les monologues voilés, à la Chapelle du Verbe Incarné. Version orientale et très subtile des Monologues du vagin d'Eve Ensler.

2. Les Présidentes, à la Manufacture. Sexe et excréments : l'art trash et les répliques cinglantes du dramaturge anti-clérical Werner Schwab font des miracles.

3. 1962, au théâtre des Lucioles. L'indépendance de l'Algérie vue par deux enfants. Très beau texte de Mohamed Kacimi, et merveilleusement joué.

Sinon, on nous a dit beaucoup de bien de ces spectacles... Hélas, nous les avons ratés :

Penetrator (qui, contrairement à ce que suggère son titre, évoque la guerre en Irak).

Les 3 vieilles, au théâtre des Doms. Vraiment superbe, nous disaient les festivaliers lors de babillages post-spectacle.

Beautiful Thing, d'après Stephen Frears. Plébiscité par nos amies-blogueuses Les 2 nouilles et l'excellente comédienne de SHH, prix du Public Arte Live Web.

Et pour vous ? Comment s'est passé ce festival ? Racontez-nous...

Le pasteur, l’écrivain scandaleux et le metteur en scène

DERRIÈRE L'AFFICHE. Du Jacques Chessex dans le Off d'Avignon : c'est intrigant. Etre intrigué est une bonne raison d'aller voir un spectacle. Celui-ci est magnifique.

La Confession du Pasteur Burg, c'est un monologue qui vous sonne, vous laisse K.O, la tête bourdonnante. C'est l'histoire du pasteur d'une bourgade tranquille de Suisse. Un homme de foi asocial et rigoriste. Il est incarné à merveille par l'acteur genevois Frédéric Landenberg.  Ses tourments intérieurs, sa hantise du péché le rendent hystérique, caractériel.  Il effraie ses paroissiens. Et il aurait sombré totalement dans la folie s'il n'avait pas croisé le chemin de la belle, la jeune, la douce Geneviève...

Le metteur en scène Didier Nkebereza a découvert ce texte à 18 ans. C'est un admirateur de l'oeuvre de Chessex, comme beaucoup de Français (l'écrivain a obtenu le Goncourt en 1974), mais pas comme tous les Suisses.

Car si la Confession est un classique, de Genève à Lausanne, le texte a soulevé  à sa sortie en 1967 un énorme scandale.  Chessex n'a jamais été tendre avec les Suisses. En retour, ceux-ci ont toujours adoré le critiquer, voire l'invectiver. Et ce jusqu'à la fin de sa vie. En 2009, lorsque paraît Un Juif pour l'exemple (l'histoire vraie d'un Juif assassiné en 1942 par des paysans vaudois), c'est un véritable scandale local, avec défilés et manifestations. Les habitants de Payerne reprochent à Chessex de les décrire comme des "bouffeurs de saindoux", des barbares. Les bannières "Chessex-SS" défilent à Payerne. L'écrivain assume. Et puis, peu de temps après sa mort, en janvier 2010, paraît son dernier roman : Le dernier crâne de M. de Sade. Un roman crépusculaire, relu à la loupe quelques mois avant sa mort, et qui choque les diffuseurs suisses, au point d'être vendu sous cellophane parce qu'il contient trop de "pornographie dure"...

Quoi qu'il en soit, La Confession du Pasteur Burg est un chef-d'oeuvre. Et Didier Nkebereza a fait un admirable travail de mise en scène. Il n'a conservé que 30% du texte original, mais il a voulu restituer le côté "médiéval" de cette oeuvre.

Jacques Chessex avait vu le spectacle, l'avait aimé. "Vous ne respectez pas le texte à la lettre, mais vous êtes fidèle à son esprit" a-t-il commenté. Il a dit avoir été "saisi par le jeu prodigieux de l'acteur, qui est à la fois puissant et nuancé, capable du paroxysme comme de la plus grande tendresse".

Mais il n'aura pas eu le temps de voir la pièce à Avignon. Car Chessex est mort "sur scène", en pleine rencontre avec des lecteurs d'Yverdon. C'était le 9 octobre 2009. Didier Nkebereza venait de lui annoncer que le spectacle irait à Avignon. Dix minutes plus tard, Chessex est en train de répondre à un médecin, qui l'accuse d'avoir pris position dans l'affaire Polanski (Chessex défendait Polanski, évidemment). C'est là qu'il s'écroule. Mort en s'engueulant... Le comédien, Frédéric Landenberg, tente de le réanimer. Mais Jacques Chessex est mort, sous les yeux du metteur et scène et du comédien.

Aller à Avignon et jouer cette pièce avait donc pour Didier Nkebereza une importance toute particulière. C'était d'abord réaliser un rêve d'enfant. Et surtout, jouer cette oeuvre-ci. Si cela ne tenait qu'aux recettes, il serait resté en Suisse : le spectacle tourne bien. Il est reconnu là-bas. Pas ici. "Cette pièce a tout contre elle : un contexte suisse, un texte de littérature peu connu par les Français, qui vont plutôt écouter du Zweig à Avignon... C'est pour cela qu'on a beaucoup de spectateurs suisses. Enfin, ceux qui aiment Chessex. Mais on se dit qu'on a un grand texte, et un grand comédien. Je pense que ça va aller".




Dimitar, 34 ans, jongleur bulgare

GENS D'AVIGNON. Dimitar est bulgare. Il jongle avec une boule de verre à deux pas du Palais des Papes. Il se produit tous les jours sur la place de la Mirande, où des troupes itinérantes se relaient. Il aime bien Avignon. C'est une bonne occasion de se faire connaître et de retrouver ses amis qui, comme lui viennent de tous pays : Espagne, Chili...